الخميس، 6 يناير، 2011

Dialogue et compréhension mutuelle: Mythes et Réalités.

Dr Saoud EL Mawla
Bureau Exécutif du Comité National Libanais de L’UNESCO.
Beyrouth, 24 Novembre 2010
I. La Crise des Relations entre Monde Arabe et Occident
I.1 Une réalité conflictuelle chaotique et violente
Avec la chute de l ‘URSS et le démembrement du bloc socialiste, l’Histoire n’a pas pris Fin. La confrontation entre Est et Ouest, qui avait dominé la seconde moitié du XXème siècle, a été remplacée par une autre confrontation, plus profonde et plus compliquée, entre Nord et Sud.
Cette nouvelle confrontation ne s’exprime plus en termes d’idéologies (marxisme contre libéralisme), ou de politique (communisme contre capi¬talisme), mais en termes de religions (Judéo-Chrétienne contre Islam).Ce qui risque de raviver les illusions et fausses idées de l’ère des croisades (vs jihãd), de l’obscurantisme moyenâgeux, ainsi que l’esprit de l’ère coloniale du XIXe siècle.
Ces dernières années ont été marquées par une réelle accélération de phénomènes politiques récurrents depuis le début du XX° siècle. A la période de la décolonisation et de la guerre froide a succédé une ère où la non résolution de très vives tensions tant au Proche Orient qu’en Europe de l’Est, en Afrique, ou en Asie. Cette situation d’instabilité amène bien des peuples à s’enfermer dans une spirale de violence sans autre issue que de faire grandir haine et refus de l’autre.

I.2 Aux sources de la violence
Les événements du 11 Septembre et la « guerre contre le Terrorisme » ont contribué à pousser le malentendu historique entre le monde arabe et l’occident (surtout les Etats-Unis) vers une extrême violence. Parmi les crises qui en résultent citons seulement celles dérivant de la politique des « 2 poids 2 mesures » adoptée par l’Occident depuis longtemps dans ses relations avec les Arabes :
a- Les résolutions de l’ONU : Celles qui visent Israël ne sont jamais appliquées tandis que celles qui visent des pays arabes ou islamiques sont appliquées à la lettre et par la force (exemples de l’Iraq et du Soudan, ainsi que de l’Iran dernièrement).
b- La Question Palestinienne : La première et la plus importante cause de crises et de malentendus entre les pays arabes et l’Occident est, et reste toujours, la politique ambiguë et injuste des occidentaux vis-à-vis l’indépendance et la souveraineté de la Palestine, ainsi que des droits inaliénables de son peuple et de sa résistance.
c- La non-prolifération des armes de destruction totale : Mais le problème le plus dangereux reste celui des armes nucléaires détenus par Israël en faisant fi de la communauté internationale. Sachons que le conseil de sécurité avait issu une résolution (487) datée du 19 Juin 1981 demandant à Israël de mettre ses installations nucléaires sous le contrôle de l’agence internationale de l’énergie nucléaire. Israël n’a jamais satisfait, et ne s’est jamais soumis, à ces résolutions.

I.3 Un déséquilibre croissant entre riches et pauvres

Dans le même temps, le fossé entre riches et pauvres (sur toute la planète) continue à se creuser. Il peut s’expliquer par l’essor des multinationales, la mondialisation de l’économie et des rapports Nord-Sud et Est-Ouest en continuel déséquilibre. Mais il est clair que pour de nombreux pays, le problème n’est pas tant de bien communiquer, de faire de la recherche génétique ou de gérer un mal-être, que de ne pas mourir de faim, de soif ou de froid. Le colonialisme a laissé la place à une mainmise politico-économique des pays riches sur les pays pauvres, mainmise permettant aux riches de continuer à accroître leur pouvoir.


I.4 Les formes nouvelles d’expression de la religiosité et la montée du radicalisme fondamentaliste :

Autre caractéristique de notre époque, une crise fondamentale du religieux, en monde tant chrétien que musulman. La recherche d’une foi apportant des réponses claires et précises aux problèmes d’aujourd’hui amène les individus à s’investir dans de nouvelles formes de religiosité et à aspirer à une instrumentalisation de celle-ci.
Nous pouvons ainsi percevoir en monde musulman le surgissement de groupes religieux extrémistes prônant une identité combattante, dans une perspective politique. Le fait est aussi signalé en Occident avec la montée des courants fondamentalistes aux Etats-Unis, et de l’islamo phobie en général.
Mais l’alignement aveugle de l’Occident avec Israël, et la politique des 2 poids 2 mesures, restent la source principale de la crise entre Islam et Occident ; ils n’ont fait qu’aggraver la montée en force des courants identitaires fondamentalistes qui ont pris une légitimité populaire face à l’intransigeance israélienne.

II. Les crises structurelles arabes :
La confrontation entre Arabes et Occident, et dans son cœur l’expansionnisme agressif terroriste israélien, a contribué au blocage du développement dans le monde arabe, sans pour autant en être la seule cause. Les arabes portent eux aussi une grave responsabilité à ce niveau et sont le berceau d’autres crises structurelles.

II.1 la crise identitaire
L’incapacité de produire un projet arabe civilisationnel qui réconcilie les sociétés arabes avec soi-même comme avec le monde. Les arabes sont à la recherche de leur identité, de leur avenir, ainsi que de leur rôle dans un monde en mutation radicale et accélérée. Ils veulent faire partie de la communauté internationale mais à partir de leur propre héritage culturel et pour participer dans l’enrichissement de la civilisation humaine et la consolidation de la paix et la justice mondiales.

II.2 La crise du développement
Les pays arabes souffrent de la baisse dans la productivité, baisse qui est de l’ordre de 0.2% annuellement. Le dernier rapport de l’Organisation Mondiale du Travail a décrit la situation du chômage dans le monde arabe comme étant la pire au niveau mondial. Le taux de chômage parmi les jeunes arabes a dépassé les 25% malgré les surplus pétroliers des pays du golfe. Le rapport du développement humain arabe pour l’année 2009 nous dit que 65 millions d’arabes vivent au dessous du niveau de pauvreté. Les taux de pauvreté dans les pays arabes varient entre 28.6% et 30% (Liban et Syrie), et 59.9% au Yémen, 41% en Egypte.

II.3 La crise de la démocratie
L’incapacité à produire des systèmes démocratiques d’alternance et de séparation des pouvoirs, ainsi que de participation populaire dans la politique. Les pouvoirs absolus du parti unique, ou de la famille unique, et même les pires dictatures, sont monnaie courante et ne respectent point les droits des peuples ou des communautés ou des personnes…

II.4 Le passé au présent
Ceci est à la base du retour vers le passé en fuyant le présent et par peur de l’avenir. Ce retour vers le passé prend plusieurs formes dont le retour vers une religiosité politisée ou un retour vers les formes élémentaires de solidarité communautaires

II.5 La crise des libertés
Le monde arabe est devenu une « grande prison » dans laquelle vivent et meurent des générations qui n’ont pas été donné la possibilité de participer à la décision de leur destin ou à la réalisation de soi…des générations qui regardent le monde bouger à une vitesse inouïe tandis que leur temps, le temps arabe, reste figé…un temps suspendu gardé par la peur…la peur de tout et de tous…de sorte que la peur n’a plus besoin d’un extérieur sur lequel s’appuyer…car elle est devenue une peur qui s’auto crée elle-même…l’arabe est devenu son propre geôlier inventant lui-même sa propre prison et utilisant des méthodes d’auto cœrcition qui l’ont poussé en fin de compte à renier ses droits humains à une vie normale, et à perdre définitivement tout sens critique. Ceci a condamné l’arabe à une vie morne de servitude en tristesse, et de malheurs en complexes d’infériorité lorsqu’il compare sa vie avec celle des « autres ».

II.6 La crise de communication avec l’extérieur
Les arabes sont devenus prisonniers d’une vision fondamentaliste chauviniste (nationaliste et religieuse à la fois) qui divise le monde en 2 camps : Nous et Eux. C’est d’ailleurs la même division que le président Bush avait annoncée : le camp du bien v/s le camp du mal. Ainsi la différence et la diversité deviennent un danger imminent qu’il faut combattre et anéantir.

III. Guerres de Civilisations ou Dialogue ?

III.1 Le grand mouvement de protestation internationale contre la guerre en Iraq, qui a eu une grande envergure en Europe, a contribué énormément à réfuter la thèse de « guerres de civilisations » qui poussait le monde vers une confrontation sanglante entre Islam et Occident.
Le point important de ce mouvement se trouve être dans sa nature « européenne » et dans son « timing » ; car il a précédé la guerre : c’est la première fois que l’opinion publique mondiale se mobilise et réagit avant le déclenchement d’une guerre et non pas suite à ses conséquences ; et ceci pour défendre les valeurs humaines universelles et les principes du droit international. Il faut mentionner ici le rôle de 3 forces principales dans ce mouvement :
1- La communauté européenne et à sa tête la France et l’Allemagne, ainsi que la Russie et la Chine…ces pays ont refusé un nouvel ordre mondial dirigé par une seule superpuissance et ont vu que l’avenir de l’humanité réside dans une grande coopération et dialogue dans le cadre d’une autorité internationale (l’ONU) qui possède les moyens de sauvegarder la paix mondiale.
2- Le large mouvement populaire international contre la globalisation dans son aspect capitaliste sauvage, et qui s’est exprimée dans les grandes manifestations qui ont réuni le même jour des dizaines de millions à Londres, Paris, Madrid, Berlin…
3- L’église chrétienne qui a pris une position ferme et avancée contre la guerre sous n’importe quel titre elle était présentée, que ce soit de Guerre Juste, ou de Nouvelle Croisade, ou celui de Guerre Sainte ou Jihad…
Le monde arabe était appelé à se solidariser avec soi-même et à communiquer avec ces forces mondiales dans le but d’empêcher la guerre. Mais malheureusement ce monde arabe est resté inerte manquant toute initiative …
Ceci a de nouveau posé le problème de la capacité du monde arabe à trouver sa place au sein de la communauté internationale comme acteur positif… ce qui a poussé à la révision des thèmes et sujets des relations avec l’Autre, et du dialogue comme moyen indispensable dans le monde d’aujourd’hui.



III.2 Le Dialogue une nécessité humaine et historique :
Le dialogue n’est-il plus un séminaire théologique, une polémique intellectuelle ou un luxe théorique. C’est une nécessité historique et un besoin humain mondial, pour élaborer un projet de sauvetage de l’homme et de la civilisation en ce 3eme millénaire. On ne peut plus se contenter aujourd’hui d’apparents rapports positifs (quoi que nécessaires et utiles) entre Etats ou Eglises ; de même il n’est plus acceptable ou suffisant de vanter les mérites de la ‘tolérance’, de la ‘coexistence’ ou de l’oecuménisme” ou du ‘témoignage vivant’ dans les actes de charité et de bienfaisance. Il est plus que nécessaire d’élaborer un projet de lutte commune qui va au-delà des simples déclarations de bonne foi.

III.3 Le Dialogue comme base d’amitié ?
Le premier pas nécessaire vers une alliance réelle et effective entre civilisations du monde serait la compréhension mutuelle. Ceci nécessite dialogue, en vue de connaissance et de solidarité. Sans connaissance de l’autre, différent, pluriel, avec qui nous devons se comprendre, s’entendre et coopérer, sans solidarité avec l’autre, le dialogue serait polémique ou simple échange de formalités, et la compréhension mutuelle serait incompréhension et stéréotypes. Pour bâtir l’amitié, il faut dissiper les idées fausses et les stéréotypes qui engendrent la peur de l’autre, l’animosité et la phobie. . Les deux critères de tout dialogue objectif sont la vérité et l’équité. L’Imam Ali disait que l’ignorance est la source de l’inimitié, la connaissance la base de l’amitié. Jean Paul II disait que l’amitié ne se limite pas au niveau des individus, mais doit être construite entre peuples et nations.

III.4 Le Dialogue islamo Chrétien :
Le dialogue en tant que nécessité historique et besoin humain, ne se limite pas au seul dialogue islamo chrétien, mais celui-ci en est le noyau, le pôle d’attraction et le nerf central dans le monde d’aujourd’hui et ceci pour plusieurs raisons :
a- Le retour du religieux dans le monde moderne, surtout en Occident.
b- Le rôle de la religion dans la revendication identitaire surtout en Europe Centrale et de l’Est.
c- Le conflit (malentendu) historique entre Islam et Chrétienté depuis l’avènement de l’Islam et ses conquêtes (aux dépens du Christianisme) jusqu’à l’ère coloniale, et en passant par les Croisades.
Il est devenu indispensable aujourd’hui d’introduire le dialogue islamo chrétien dans un plus large contexte et d’en faire une idée-thèse jouissant d’une place privilégiée dans les projets et les programmes des Etats, des partis et mouvements politiques, ainsi que des institutions civiles ou organisations non gouvernementales. Plutôt que d’entamer l’âge de la “confrontation des civilisations”, les croyants et tous les militants sincères pour la cause de l’homme aspirent à ouvrir l’âge du dialogue des civilisations, au centre duquel se trouve le dialogue islamo Chrétien.

III.5 Le Dialogue à l’heure des fondamentalismes :
Le dialogue islamo chrétien a pris plus d’ampleur pour les raisons suivantes :
a- Le choc entre Occident chrétien et pays musulmans à travers le colonialisme et l’impérialisme et ceci depuis l’expédition française en Egypte (1798).
b- La place centrale qu’occupe le monde musulman (et le Moyen-Orient surtout) sur la scène internationale de par ses richesses, sa position stratégique, et son danger culturel pour l’Occident (immigration et mission : Da’wa), et vu qu’il est le foyer des grands conflits du siècle dernier et de ce nouveau siècle, de la Palestine jusqu’en Afghanistan en passant par l’Iraq.
c- Les deux grandes religions ne sont pas des traditions locales ou marginales, elles sont universelles, inclusives et à vocation missionnaire offensive.
d- Ces deux religions ont quelque chose à dire et à proposer, ensemble, au monde aujourd’hui.
e- Pour nous Libanais, le dialogue est une nécessité nationale pour sauvegarder et renouveler “la formule libanaise”.
f- Pour nous Arabes, il est primordial, pour renouveler le rôle des chrétiens arabes et de la chrétienté orientale dans la renaissance de nos sociétés.