الثلاثاء، 10 مارس، 2009

Foi, Raison et Violence

Foi, Raison et Violence

Saoud EL Mawla= USJ – Jeudi 02 novembre 2006


Le problème de la relation entre la foi et la raison, et entre celles-ci et la violence ou la paix, n’a jamais cessé d’être posé, et il est aujourd’hui plus aigu que jamais.
Permettez-moi de vous présenter ici une approche théologique basée sur le Coran et ma propre interprétation, ainsi que sur mon expérience personnelle dans le cadre du dialogue islamo-chrétien. Permettez-moi aussi de formuler mes propos en thèses qui vont paraître simples, car j’utiliserai un langage accessible à des gens qui ne sont pas familiers avec le langage propre au « Kalam » (théologie scolastique) et au « Fiqh » (jurisprudence) islamiques.

Coran et Foi :
Le Coran est tout entier un message appelant à la foi, à la raison, et à la paix. Le Coran précise ce qu’il faut croire, pourquoi il faut croire, comment naît l’acte de foi, quelle est sa nature, quelles sont les attitudes religieuses qui l’accompagnent, quelles sont les relations entre foi et raison, et quelles sont les œuvres exigées par la foi. Les grandes vérités de la foi en Islam (le Crédo) sont : Dieu, les anges, les prophètes et messagers envoyés, les écritures révélées, et le dernier jour de jugement.
Les chiites ajoutent au crédo : la justice divine, et l’Imamât (complément divin de la prophétie).

Signes de Dieu, foi et raison
Les raisons de croire se trouvent dans les signes (= āyāt آياتpluriel de āya آية ) créés par Dieu et dont certains sont particulièrement clairs (بيّنات = bayyināt). Les versets du Coran sont eux aussi appelés āyāt, car signes clairs de la création divine, preuves de l’existence de Dieu.
L’homme (Insān انسان ) créé de l’argile (adam آدم en arabe comme en hébreu siginfie: terre) ou tiré du sperme masculin, est l’oeuvre de Dieu. En cela il est signe lui aussi. En fait, tout l’univers, toutes les créatures, sont des signes clairs de l’harmonie de la création divine.
Le Coran, en invitant à méditer les signes de Dieu, nous appelle à croire et à raisonner en même temps. En effet, les raisons de croire (les signes et versets = āyāt) sont en même temps les raisons de l’intelligence humaine, de la raison humaine. Foi et Raison sont donc deux voies qui mènent vers un seul but : Dieu, L’Omniscient, qui nous incite à savoir et raisonner : « Certes dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargé de choses profitables aux gens, dans l’eau qu’Allah fait descendre du ciel, par laquelle il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toute espèce, dans la variation des vents et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes pour des gens qui raisonnent » (Coran : 2 ;164)
Et on lit de même dans 3 :190 « des signes pour des gens doués d’intelligence » ; dans 3 :191 « qui méditent sur la création » ; dans 6 :99 « pour des gens qui croient » ; dans 10 :5 « pour des gens qui raisonnent » ; dans 10 :6 « pour des gens qui craignent Dieu » ; dans 10 :67 « pour les gens qui entendent » ; dans 16 :12 « pour les gens qui raisonnent » ; dans 16 :69 « pour des gens qui réfléchissent » ; dans 24 :44 « ces signes sont un sujet de réflexion pour ceux qui ont des yeux » ; dans 27 :86 « voilà bien des preuves pour des gens qui croient » ; dans 29 :44 la même phrase ; dans 30 :21 « voilà bien des preuves pour des gens qui réfléchissent », 30 :22 « pour les savants », 30 :23 « pour des gens qui entendent », 30 :24 « pour des gens qui raisonnent », etc…..
Ceux qui voient, ceux qui entendent, ceux qui réfléchissent, ceux qui raisonnent, ceux qui méditent, ceux qui savent, ceux qui croient, ceux qui craignent Dieu, sont donc ceux qui dévoilent la nature humaine dans toute son originalité.

Nature innée de l’homme
L’acte de foi suppose dans l’homme une nature faite pour croire. Selon le Coran, l’homme est par nature innée (Fitrah فطرة ) une créature religieuse, croyante et intelligente, qui tend vers son origine. L’homme tend donc à retourner vers Dieu: « Nous sommes pour Dieu et c’est vers lui le retour » (انا للّه وانا اليه راجعون) (2:46 et 2:156); “Ô toi âme apaisée, retourne vers ton Seigneur satisfaite et agréée » (89 :28). "يا أيتها النفس المطمئنة ارجعي الى ربك راضية مرضية"
Or cette nature innée est le berceau de la foi et de la raison en même temps.
L’homme, créé d’argile, est animé d’un souffle vital (nafas= souffle et nafs = âme), qui devient sa conscience morale et responsable, son âme. Les organes externes de l’homme sont destinés à voir les signes, entendre la prédication Coranique et répondre par la foi et la raison. Or c’est le cœur qui est l’organe de la foi ou de l’infidélité ou du doute. Le cœur est aussi, coraniquement, organe de la raison, car foi et raison sont indissociables. « Et quand Abraham dit : « Seigneur ! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts », Allah dit : Ne crois-tu pas encore ? » « Si ! dit Abraham ; mais pour que mon cœur soit rassuré » (2 :260) ; « Ils ont des cœurs mais ne comprennent pas, ils ont des yeux mais ne voient pas, ils ont des oreilles mais n’entendent pas » (7 :179) ; « Que ne voyagent-ils sur la terre afin d’avoir des cœurs pour comprendre, et des oreilles pour entendre ? car ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce sont les cœurs dans les poitrines qui s’aveuglent » (22 :46) ; « Ne méditent-ils pas sur le Coran ? ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs » (47 :24)
Je ne veux pas m’attarder sur cette dimension très intéressante que le Coran décrit en de versets très beaux, mais je note en bref qu’il faut aussi professer la foi, outre par le cœur, par la langue, donc par le témoignage (Shahadah, appelée en d’autres langues Kalimah ou parole) qui peut aller jusqu’au martyr (Shahadah aussi). Il est très important de méditer sur le sens du Martyre (Shahadah) qui est en réalité un témoignage de foi (Shahadah). Ce sens ne diffère aucunement du sens chrétien donné au martyre.

Islam, foi innée, et Imân, foi dans le credo
Si l’acte de foi et de raison est une nature innée créée par Dieu (voir 30 :30) , c’est que l’Islam se présente comme la religion naturelle de tout homme. Tertullien disait que le Christianisme est une religion naturelle dans ce sens : qu’elle correspond à la tendance profonde de l’homme.
Or il y a eu un grand débat sur le sens des deux termes Islam et Imān (foi). Plusieurs versets Coraniques distinguent entre Islam, soumission à Dieu, et Imān, croyance en un credo établi par Muhammad. C’est ainsi que la plupart des théologiens ont interperété le verset qui dit « Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam » (3 :19) dans le sens de religion naturelle, pré-éternelle, de soumission à Dieu et de compréhension des signes de Dieu : « Désirent-ils une autre religion que celle d’Allah, alors que se soumet à Lui, bon gré, tout ce qui existe dans les cieux et sur la terre, et que c’est vers Lui qu’ils seront ramenés ? » (3 :83) … « Dis : « Nous croyons en Allah, à ce qui a été descendu sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus, et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux ; et c’est à Lui que nous sommes soumis » » (3 :84).

‘Aql : raison et pacte d’engagement
L’Islam est la religion de la raison (‘Aql عقل ). ‘Aql en arabe correspond à Raison, intelligence, intellect, et le sens du verbe ‘Aqala c’est lier. La raison nous lie par un pacte d’Alliance ou d’Engagement avec Dieu (Mithāq ميثاق) qui est pré-éternel: un pacte d’être monothéiste (muslim) : « Et rappelle-toi lorsque Nous avons pris l’engagement (Mithāq) des fils d’Israel de n’adorer qu’Allah, de faire le bien envers les pères, les mères, les proches, les orphelins, et les nécessiteux, d’avoir de bonnes paroles avec les gens … » (2 :83) ((voir aussi 2 :27 + 84 + 93, 3 :81 + 187, 4 = 21 + 90 + 92 + 155, 5 = 12 + 70, 7 + 169 + 172, 13 + 20 + 25, 33 + 7, 57 + 8)).
Ainsi, selon le Coran, tous les hommes possèdent la religion innée et tous ont fait pacte d’engagement avec Dieu. La différence des croyances, sur terre, entre humains est, elle, représentée par le Coran comme une miséricorde accordée par Dieu, qui tranchera Seul au jour dernier (voir 2 :62 + 113 + 137 + 148, 3 :84, 11 : 118 – 119, 29 :46, 109 :6). De plus, la foi et l’impiété sont une affaire de libre choix, sans contrainte aucune (voir 2 :256, 10 :108, 15, 18 :29, 27 :93, 30 :44, 39 :41, 35 :39). Les prophètes ne sont en fait que des missionnaires qui prêchent, mettent en garde, répendent le message de Dieu ; ils n’ont aucun pouvoir de contrainte ou force. (voir 5 :99, 7 :188, 10 :41, 11 :12, 13 :40, 15 :94, 16 :82, 25 :58, 42 :6, 50 :55, 80 :7, 88 :22)



La raison comme guide (imâm) vers le divin
Le Coran appelle ceux qui ont dévié de la voie de la foi : ceux qui ne raisonnent pas (lā ya‘qilūn لا يعقلون), ou ceux qui ne peuvent pas utiliser leur raison correctement. L’impiété, la non-foi, l’infidélité, ne correspondent donc pas dans le discours coranique à la corruption de la volonté mais plutôt au mal fonctionnement de la raison. Ici se dévoile la vraie perspective islamique, différente de celle du christianisme : le christianisme est avant tout le mystère qui cache le divin de l’humain. La beauté du christianisme réside dans l’acceptation de Dieu comme mystère, et de l’inclination devant ce mystère en croyant à l’inconnu. En Islam c’est l’homme qui est caché, voilé de Dieu. Ce n’est pas le divin qui est caché de nous, mais c’est nous qui sommes cachés par des voiles de négligence et d’oubli, et c’est à nous de déchirer le voile et d’essayer de connaître Dieu. Dans le christianisme Dieu se dévoile lui-même, se manifeste, s’incarne ; et la personne du Christ est le centre de la foi. En Islam ce n’est pas la personne de Muhammad mais Allah lui-même qui est la réalité centrale de la foi. C’est pour cette raison qu’il est fallacieux d’appeler l’Islam : Mohammadisme. Le rôle du prophète en Islam n’est pas celui du Christ.
L’Islam est centré non pas sur comment Dieu s’est manifesté, mais plutôt sur quelle est la vraie nature de Dieu. La raison ici est un instrument donné à nous par Dieu dans le but et l’ultime objectif de connaître Dieu lui-même. Elle est un IMĀM, c’est-à-dire un guide, comme le Coran, vers Dieu.
Or l’homme se distingue des autres créatures par la faculté de l’intelligence raisonnante ou de la raison intelligente. Etre humain c’est avoir cette faculté propre à nous et par laquelle Dieu nous a honoré et préféré (17 :70) « Certes Nous avons honoré les fils d’Adam, et Nous les avons préféré à plusieurs de Nos créatures » … et même aux anges qui ont reçu l’ordre de se prosterner devant Adam, car celui-ci a été doté d’une chose que les anges n’avaient pas, Dieu lui ayant appris les noms de toutes les choses . Ceci signifie qu’Il lui a donné la raison, l’intellect, l’intelligence, le discernement, la volonté, le libre choix, la liberté… C’est cette nature innée, originelle, de l’homme, la raison, qui fait de lui un être à l’image de Dieu (comme dit un hadîth célèbre du prophète), ou comme le dit le verset Coranique : « Je l’ai harmonieusement formé et lui ai insuflé de Mon Esprit » (15 :29).
Mais en Islam, Dieu reste absolument transcendent, et la nature divine de l’homme n’est pas un anthropomorphisme, car elle ne fait pas de Dieu un homme. La conception islamique de l’homme est plutôt théomorphique, et s’addresse à ce qui est une forme ou une image de Dieu dans l’homme, c’est-à-dire à ce quelque chose qui fait que l’homme soit différent, préféré, privilégié, et honoré, et qui le pousse vers le parachèvement : la raison.

Raison et révélation
Ici se pose une question importante : pourquoi donc l’homme a-t-il besoin de révélation, de prophétie, de foi, s’il est théomorphique, doué d’une raison qui peut le guider vers la connaissance de Dieu et l’affirmation de son unité, et vers la connaissance de toute chose ?
Ceci mérite d’être expliqué dans la mesure où les apologistes modernes, en essayant de réfuter les critiques et les attaques contre l’Islam, ont déclaré que l’Islam n’a pas besoin de mystères, de miracles, de péché original et de tout ce qui peut être surnaturel ou métaphysique. Ils ont présenté l’Islam d’une façon qui fait de sa conception de l’homme celle du rationalisme cartésien. Mais ceci n’est pas vrai. Car en Islam l’homme a besoin de la foi et de la révélation ; car bien qu’il soit par nature un être théomorphique, il est, par nature aussi, un être négligent et oublieux. Le mot Insān انسان derive de Nisyān نسيان (=oubli). Le péché originel de l’homme en Islam c’est l’oubli, la négligence (ghafla غفلة ) de ce qu’il est vraiment et de ce qu’il doit faire dans ce monde.
La révélation vient nous éveiller, ou éveiller en nous notre vraie nature, nous rappeler ce que nous sommes. C’est pourquoi en Islam les prophètes ont la tâche de rappeler les gens au droit chemin, celui de leur nature innée originelle. Dans le christianisme l’homme a péché, et à cause de son péché sa nature a été pervertie, faussée… il a besoin d’un miracle pour le sauver. A travers le baptême et les sacrements, la blessure de son âme est guérie, et par la vie et le sacrifice du Christ il est sauvé. En Islam, l’homme est incomplet, imparfait, car Dieu seul est absolu, complet, parfait.. A cause de son imperfection, l’homme tend à oublier et par suite il a besoin d’être rappelé, constamment, à sa propre nature.. La révélation, la foi, la religion, est un besoin absolu pour l’homme, car sans religion il n’est humain qu’accidentellement.
Par la religion donc, l’homme a le privilège de participer à un état humain, un état qui lui donne l’opportunité et la possibilité de devenir à l’image de Dieu. La grandeur de la condition humaine se trouve précisément dans le fait que l’homme a la possibilité d’atteindre un état plus élevé que celui des anges, et en même temps d’être capable de renier Dieu, d’être impie ou infidèle. Il a la liberté d’accepter ou de rejeter la foi. Seul l’homme peut être existentialiste.

Responsabilité humaine :
Mais la possibilité et l’opportunité de pouvoir être à l’image de Dieu, renferme aussi une grave responsabilité : la confiance-responsabilité أمانة (Amānah). Cette rsponsabilité d’avoir la liberté de choisir, d’accepter ou de refuser la foi, est exprimée dans ce verset Coranique (33 :72) : « Nous avions proposé aux cieux, à la terre, et aux montagnes, la responsabilité (Amânah). Ils ont refusé de la porter et en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé ».
Cet engagement humain, ce pacte ou cette alliance entre Dieu et l’homme, signifie avant tout : la responsabilité d’être homme, fidèle à sa propre nature, d’utiliser sa raison conformément à cette confiance-responsabilité de la foi, et de faire que sa volonté soit conforme à celle de Dieu… de se rappeler donc sa nature vraie, et de vivre en accord avec la volonté divine. C’est le sens du mot Islam, qui vient de Salâm (Paix) : s’abandonner à Dieu, se mettre entre les mains de Dieu, livrer sa face à Dieu… Paix et abandon, paix et quiétude… Dans le Coran, Dieu se réfère à Lui-même comme Salām (un des 99 Noms Divins) ; et comme Dieu est le commencement et la fin, nous sommes créés par Lui, et nous retournerons vers Lui ; c’est de Dieu donc qu’on tire ce désir ardent de Paix, inné dans l’âme de tout être humain. Ce désir ardent de Paix n’est pas dérivé de notre expérience humaine, mais vient plutôt de la profonde nature primordiale et originelle de l’homme. Dans sa vie quotidienne, l’homme se rappelle cette paix, cette Sakînah (quiétude سكينة ) qui est humaine et divine et vers laquelle il tend comme un ardent désir à un retour éternel vers l’absolu, et à s’abandonner sans soucis, ni haines, ni guerre, ni conflits : « C’est Lui qui a fait descendre la quiétude dans les cœurs des croyants afin qu’ils ajoutent foi à la foi » (48 :4). La foi et la raison nous conduisent donc vers la paix, et la paix nous conforte dans la foi… « Dieu guide celui qui cherche son agrément vers les chemins de la paix » (5 :16). Plus, le Coran identifie la paix à l’état paradisiaque « Et ils crieront aux gens du paradis : paix sur vous (Salâmun ‘alaykum سلام عليكم ) (7 :46). « Dans le paradis on n’entend nulle parole insignifiante, seulement paix » (19 :62). « Dans le paradis il n’y a que les propos : Salam, Salam » (56 :26). Etat paradisiaque, état d’origine, nature innée (fitrah), Nom de Dieu, la paix est ce que les hommes cherchent ici-bas : « Salâm (Paix et Salut), parole de la part d’un Seigneur très Miséricordieux » (36 :58). Salâm, Paix, c’est le salut quotidien, le bonjour, de tous les musulmans. Cependant, cet état de paix et de quiétude est très difficile à atteindre, bien qu’il relève de la nature humaine, donc de la foi et de la raison.

Paix, nature humaine et nature divine
Pour être en paix avec et dans le monde, on doit faire la paix avec soi-même ; et pour avoir la paix avec soi (sakînah سكينة et Tama’nînah طمأنينة ) on doit faire la paix avec Dieu : « Dieu ne change rien en un peuple avant que celui-ci n’ait lui-même changé ce qui est en lui » (8 :53 et 13 :11).
Changer ce qui est en nous, c’est changer, réformer, renouveler nos idées et nos pratiques sur la voie de la Paix, qui doit être l’ultime but. C’est retourner aux sources de la foi et de la raison, de la sagesse ; c’est retourner au vrai message de paix et de quiétude, de Justice et d’équité, inhérent à toute foi et à toute raison. C’est dire que la paix est la nature de la foi, et la nature de la raison, conformément à la nature de Dieu (qui est As-Salâm = La Paix). La violence ne peut être tolérée ni acceptée, comme divine ou humaine. C’est une grave déviation, appelée dans le Coran despotisme et injustice (Toughyān طغيان et Tâghût طاغوت ). « Demeure sur le droit chemin comme il t’est commandé, ainsi que ceux qui sont revenus [à Allah] avec toi. Et ne commettez pas d’excès » (11 :112) (commettre d’excès = Tâghût) « Quant à celui qui aura dépassé les limites, et aura préféré la vie présente.. » (79 :37-38) (dépasser les limites = Tâghût)
« Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et Il a établi la balance, afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée » (55 :7-8)
« Prenez-garde ! vraiment l’homme est injuste (il transgresse et commet des excès), dès qu’il estime qu’il peut se suffire à lui-même (à cause de sa richesse ou son pouvoir) » (95 :6-7).
Cette injustice, la violence à cause du pouvoir et de la force, va contre la nature de Dieu (Paix), contre la foi et la raison (Paix et Quiétude).

Je termine en vous traduisant un hadîth très célèbre, mais malheureusement jamais cité ou évoqué de nos temps, et qui illustre la position islamique de pacifisme et de non-violence. « Le prophète demande à l’un de ses compagnons les plus intimes : « que feras-tu si la mort plane sur la ville et atteint la porte de ta maison ? » Le compagnon lui répond : « Dieu et son prophète sachent mieux que moi ». Le prophète lui dit alors : « Tu dois avoir patience et endurance ». Puis après un moment, le prophète lui demande : « Et que feras-tu si tu trouves que le sang coule très fort autour de toi ? ». Le compagnon répond : « je ferais selon ton conseil ». Le prophète lui dit alors : « tiens-toi chez toi avec tes siens ». Le compagnon demande alors : « est-ce que je ne suis pas autorisé à porter mon épée, pour le cas où… ? » Le prophète lui dit : « si tu le fais, tu seras un des tueurs ». « Qu’est ce que je dois faire donc ? » demande le compagnon. Et le prophète de lui commander de rester chez soi, dans sa maison. Le compagnon lui demande enfin : « et si je suis attaqué chez moi, dans ma maison ? ». Le prophète lui répond : « si tu crains d’être ébloui par l’éclair de l’épée, tu n’as qu’à cacher ton visage sous ton habit… et laisse le tueur porter la responsabilité et le péché de ton sang et du sien ». Le compagnon voulant s’assurer d’avoir bien compris demanda alors : « que ferais-je s’il entre ma maison et étend son épée pour me tuer ». « Le prophète dit alors : « agis comme a agi le fils d’Adam ». Ici les transmetteurs de hadîth et les exégètes nous citent le verset 28 du chapitre 5 du Coran dans lequel il est question de Caïn et Abel, lorsque le premier est venu tuer son frère, le second lui a dit : « Si tu étends vers moi ta main pour me tuer, je n’étendrai pas vers toi ma main pour te tuer, car je crains Allah, le Seigneur de l’Univers ».

Ceci dit, craignons Dieu plus que les hommes ou le tâghût, aspirons vers la Paix et la non-violence, établissons le royaume de Dieu dans nos cœurs, et partons à la construction d’un nouvel ordre moral et humain, l’ordre de la Paix, de la Justice, de la dignité, de la liberté, entre tous et pour Tous.

Salām à vous tous.